QUELLES
REFORMES POUR LE DROIT PATRIMONIAL
DE LA FAMILLE ?
Tel a été le thème de la journée
organisée par l'Association
Henri Capitant des Amis de la
Culture Juridique Française
le 15 octobre 2004 à Strasbourg.
Le droit patrimonial de la famille
a connu plusieurs réformes d'envergure.
Celles-ci sont-elles pleinement
satisfaisantes ? Les contributions
de la matinée, sous la présidence
du Professeur M. Grimaldi, permettent
d'en douter. Ainsi, le régime
matrimonial légal comporte assurément
des insuffisances (P. Simler).
La pratique des avantages matrimoniaux
pose également différentes problématiques
(F. Granet) ; sur ce point,
la réforme du divorce opérée
par la loi du 26 mai 2004 suscite
des interrogations supplémentaires,
y compris quant à ses incidences
sur les libéralités entre époux
(A. Tisserand), ces dernières
ayant déjà été affectées par
la loi du 3 décembre 2001 portant
réforme du droit des successions
(I. Dauriac).
L'après-midi, les discussions
présidées par le Professeur
G. Champenois, ont porté sur
les réformes à venir.
Tout d'abord, il serait souhaitable
de simplifier et moderniser
les règlements des successions.
Une telle proposition n'est
en réalité pas nouvelle puisqu'un
projet de loi en ce sens devrait
- sous toute réserve - être
soumis au Conseil des Ministres
en fin de cette année pour ensuite
être débattu devant le Parlement.
Les orientations de cette réforme
viseraient principalement à
reconnaître au notaire un rôle
accru dans le règlement des
successions et, plus précisément,
dans l'administration temporaire
de celles-ci. Prendre des actes
conservatoires, recouvrer certaines
créances échues, gérer les valeurs
mobilières… pourraient être
quelques uns des nouveaux pouvoirs
que le Président du Tribunal
de grande instance sera en mesure
d'accorder à toute personne
qualifiée, dont le notaire.
Cette réforme devrait par ailleurs
impliquer une forte promotion
pour le partage amiable au détriment
de la procédure décriée du partage
judiciaire. Ici, la procédure
en vigueur en Alsace-Moselle
depuis la loi du 1er juin 1924
pourrait avantageusement servir
de modèle au législateur (J.
-M. Ohnet).
Ensuite, les règles applicables
aux libéralités familiales devraient
également être revues afin de
les adapter aux nouvelles réalités
tant démographiques que sociologiques,
comme cela résulte de l'offre
de loi élaborée par Messieurs
Carbonnier, Catala, Morin et
de Saint-Affrique. L'allongement
de la durée de la vie humaine
et la multiplication des recompositions
familiales commandent certainement
une réforme de la donation-partage,
laquelle doit être ouverte non
seulement aux beaux-enfants,
mais aussi aux petits-enfants.
Cette donation-partage " transgénération
", si elle est justifiée par
l'évolution de la société et
les mutations de la famille,
se heurte néanmoins à différents
obstacles juridiques, telles
la réserve héréditaire ou encore
la prohibition des pactes de
renonciation à la réserve. La
réforme à venir pourrait aussi
rajeunir le mécanisme de la
substitution, en l'ouvrant aux
tiers, en libérant son montant
ou encore en supprimant l'inaliénabilité
qui affecte par hypothèse les
biens donnés. D'autres mesures
pourraient encore être proposées,
telle par exemple la reprise
des travaux sur la fiducie (N.
Peterka).
Enfin, dans le domaine des libéralités
testamentaires, plusieurs propositions
de réforme peuvent également
être faites. Certes, le droit
des testaments est marqué par
une forte stabilité en raison
de son ancrage historique. Il
est toutefois souhaitable de
dépoussiérer certaines de ses
dispositions devenues anachroniques.
Il en est ainsi des testaments
conjonctifs et des testaments
verbaux qui, à l'heure actuelle,
sont toujours prohibés par notre
droit, au contraire de certaines
législations étrangères. Les
motifs de cette interdiction
sont essentielement historiques
et il n'est pas certain qu'ils
conservent leur valeur. La question
du maintien du testament mystique
peut elle aussi être posée,
tant cet acte est tombé en désuétude.
Au-delà, il conviendrait assurément
de valoriser le testament olographe
et de lui reconnaître une valeur
supplémentaire lorsqu'il est
déposé dans une étude notariale.
Les pouvoirs de l'exécuteur
testamentaire méritent eux aussi
d'être revus et étendus afin
que la mission de l'exécuteur
ne se limite pas à la simple
surveillance des dernières volontés
du défunt (M. Nicod).
Les propositions de réforme
ne manquent donc pas. Il convient
cependant de ne pas perdre de
vue que, de plus en plus, le
droit patrimonial de la famille
est instrumentalisé au détriment
du droit fiscal, ce qui a poussé
G. Wiederkehr à souligner dans
son rapport de synthèse que
" le succès des réformes en
droit patrimonial de la famille
dépend moins de leur qualité
que des avantages fiscaux qu'elles
procurent ".
Patrice HILT
Docteur en droit, Chercheur
au Centre de Droit Privé Fondamental
de l'Université Robert Schuman
de Strasbourg |