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PERSPECTIVES
POUR LA RECHERCHE JURIDIQUE EN DROIT DE LA
FAMILLE
La mission de recherche "Droit
et Justice" a organisé les 21 et 22 mars 2005 à
la Sorbonne un important colloque sur le thème
"Quelles perspectives pour la recherche
juridique ?". L'objectif était, d'une part, de
dresser un état des lieux et, d'autre part, de
fixer de nouvelles lignes d'horizon, voire de
nouvelles frontières pour la recherche
juridique. A côté d'une réflexion commune à
toutes les disciplines consacrée à
l'organisation de la recherche, à son objet, à
ses méthodes, différentes questions ont été
abordées au cours d'ateliers thématiques. L'un
de ces ateliers, sous la présidence du
Professeur Hugues Fulchiron, concernait la
thématique « Famille et personnes ».
Dans sa présentation liminaire, le
Professeur Fulchiron a, à juste
titre, rappelé, « parce qu'elle
intéresse l'ensemble des sciences de l'homme et
de la société, la famille constitue un domaine
de recherche particulièrement fécond pour la
société elle-même et pour les chercheurs appelés
à croiser leurs savoirs afin de tenter
d'appréhender le phénomène familial et ses
évolutions. » La mutation des
principales institutions familiales, la mutation
de la personne en elle-même dans ses relations
avec le groupe, l'internationalisation du droit
de la famille ainsi que la privatisation de ce
même droit interpellent nécessairement les
chercheurs. A partir de là les différents
intervenants ont tracé des pistes
particulièrement pertinentes. Madame le
Professeur Françoise
Dekeuwer-Défossez s'est attachée à
répondre à la question « comment chercher
? ». En effet, la recherche en droit doit
nécessairement s'appuyer sur des savoirs
extérieurs, le « juriste » pouvant
être perçu comme infirme s'il agit de façon
solitaire. Sont ainsi convoquées à la mise en
œuvre d'une recherche pluridisciplinaire la
sociologie qui doit servir de base au droit de
la famille, la médecine, la biomédecine, la
génétique, la psychologie, la philosophie trop
souvent oubliée, l'économie et même
l'anthropologie. La recherche doit également
intégrer les aspects supranationaux (convention
internationale, droit communautaire). Pour
être pertinente, cette recherche doit en outre
s'attacher à la réalité quotidienne dont les
décisions de la Cour de cassation ne sont pas
forcément le reflet. Il faut explorer le banal
qui constitue le quotidien du droit de la
famille. Par ailleurs, il importe également que
renaisse une réflexion de haut niveau qui
permette de théoriser le droit de la famille
contemporaine. M. Claude Martin,
Directeur de recherche au CNRS, a
développé le point de vue du sociologue en
rappelant la nécessité de combiner dans
l'approche le droit civil avec le droit social
au sens du droit des politiques sociales tout en
intégrant également les outils de comparaison
européenne et internationale. Il s'agit de
dépasser les divisions traditionnelles de la
recherche sans méconnaître, bien entendu, les
difficultés pratiques à mettre en œuvre de
telles orientations. M. Marc
Guillaume, Directeur des Affaires civiles et du
Sceau au ministère de la Justice, a
rappelé que le travail des légistes devait
pouvoir s'appuyer sur les constats et
propositions de la recherche tout en relevant
que le temps de l'élaboration de la loi n'était
pas le temps de l'élaboration de la recherche.
Il importe de trouver une articulation fine
entre les apports de la recherche et les outils
techniques d'aide à la décision politique qui
sont à géométrie variable (commande de rapports,
mise en place de groupes de travail, apports
extérieurs). M. Guillaume a également rappelé
que la recherche, par ses constats et
propositions, ne traduit pas forcément les
valeurs qui seront ensuite portées par le
législateur. La composition de cet atelier
reflétait également le postulat rappelé par le
Professeur Hugues Fulchiron :
« la recherche appartient à tous y
compris aux praticiens qui constituent
d'indispensables "vigiles" passeurs
d'idées ». C'est dans cette tonalité
que sont intervenus successivement Me Béatrice
Weiss-Gout, avocat au Barreau de Paris et membre
du Conseil national des Barreaux, Me Jacques
Combret, notaire, rapporteur du 95 e Congrès des
notaires et M. Alain Chene, magistrat, juge aux
affaires familiales. Me
Weiss-Gout a rappelé l'importance de la
privatisation des rapports familiaux et de leur
contractualisation. La construction d'outils
juridiques nouveaux, tels que les pactes de
famille devraient constituer un élément
intéressant de recherche, tout comme devrait se
développer une réflexion approfondie, in
concreto sur ce que pourrait être demain un
véritable tribunal de la famille. Me
Combret a souligné combien les
notaires, par leurs pratiques de proximité,
venaient à être les témoins de modifications
dans les comportements qui méritaient d'être
rapidement décodés. Il s'est attardé plus
particulièrement sur les effets du
vieillissement de la population, des
superpositions de générations, des partages
intergénérationnels et des recompositions
familiales. De même la recherche pourrait
s'intéresser, dans un temps proche, à l'adoption
d'une loi nouvelle et sa première période de
mise en œuvre, sur les ajustements à apporter,
comme par exemple pour certaines dispositions de
la loi améliorant la situation du conjoint
survivant. Enfin, M. Chene
a fait part de l'intérêt qu'il y aurait à
développer des études détaillées sur la
détermination du contenu de la loi étrangère
(DIP et droit comparé). Il a également souhaité
que dans une matière réputée a priori
« faiblement technique » et où les
décisions peuvent paraître peu déterminées par
la loi, il puisse être dégagé, par l'étude des
décisions des juges aux affaires familiales, des
lignes directrices. Il a cependant souligné que
la recherche et ses résultats ne pouvaient être
qu'un élément dans la prise de décision, le
pouvoir d'appréciation restant celui du juge aux
affaires familiales. La recherche
pluridisciplinaire pourrait notamment porter sur
la résidence du très jeune enfant. La recherche
ne doit cependant pas, selon M. Chene, formuler
des prescriptions que la loi ne s'autorise pas.
Claude
LIENHARD Professeur des Universités,
Avocat |